N°31 | octobre - novembre 2006
Dossier

Biométrie, état des lieux et perspectives

Définition

La biométrie est l’étude mathématique des variations biologiques à l'intérieur d'un groupe déterminé. Elle permet l’identification ou l’authentification de manière automatique, supervisée ou non, d’une personne ou d’un ensemble de personnes, qui doivent avoir été préalablement référencées. La qualité d’une biométrie repose sur la recherche de critères descriptifs uniques, universels et immuables. Les biométries existantes se divisent en deux grandes familles : les biométries à apprentissage (voix, frappe sur clavier d’ordinateur, démarche) et les empreintes (mains, iris, fond de l’œil, visage, forme de l’oreille, veines de la main, ADN).

Brève histoire de la biométrie…

L’empreinte du pouce laissée dans une tablette d’argile tenait lieu de signature lors des transactions commerciales à Babylone il y a 5 000 ans et, plus tard, dans la Chine antique. En Europe, Marcello Malpighi, médecin italien (1628-1694) qui a laissé son nom à diverses structures anatomiques (couche de la peau, pyramides du rein, tubes excréteurs des insectes), en étudia les dessins dès le XVIIème siècle. En 1823, le physiologiste tchèque Jan Evangelista Purkinje (1787-1869), publia une thèse dans laquelle il étudiait neuf types d’empreintes digitales. Toutefois, c’est seulement à partir de 1870 que les empreintes digitales furent utilisées pour la première fois pour identifier des personnes. Le docteur Henry Faulds, chirurgien dans un hôpital de Tokyo, avait eu cette idée lorsqu’il avait remarqué des empreintes digitales sur une poterie préhistorique. Il publia en 1880 dans la revue Nature un article dans lequel il discutait l’utilité des empreintes pour l’identification et proposait une méthode pour les enregistrer avec de l’encre de l’imprimerie. Il en établit également une première classification et fut aussi le premier à identifier des empreintes laissées sur un flacon. En effet, les productions des glandes sébacées de la peau laissent des traces latentes sur différents supports. Il est possible de les révéler avec diverses poudres et d’examiner le dessin formé qui reproduit les crêtes des dermatoglyphes. Il écrivit à Charles Darwin (1809-1882) pour lui expliquer sa méthode mais celui-ci, vieux et malade, ne voulut pas s’en occuper et transmit son courrier à son cousin Francis Galton (1822-1911) qui s’intéressait particulièrement à l’anthropologie. Ce dernier étudia les empreintes digitales pendant dix ans et publia en 1892 Fingerprints (Empreintes digitales), ouvrage dans lequel il établissait l’unicité et la permanence de ces figures cutanées et proposait un système de classification. Il espérait utiliser les empreintes comme marqueurs génétiques et ethniques. Il démontra le caractère immuable des empreintes et calcula qu’il y avait seulement une chance sur 64 milliards que deux individus aient les mêmes empreintes. En 1891, le premier fichier d’empreintes fut mis en place en Argentine par Juan Vucetich, un dirigeant de la police qui fut aussi le premier à identifier un criminel par ses empreintes en 1892. Vucetich associa à son fichier les données issues du système anthropométrique d’Alphonse Bertillon (1853-1914), entré comme commis de bureau auxiliaire à la Préfecture de police de Paris, qui avait créé en 1879 un système d’identification des criminels par leurs mensurations. En dépit d’une adoption généralisée en Europe en 1887, sa méthode est mise en échec dans le premier procès contre le capitaine Dreyfus. L’utilisation des empreintes, appelée dactyloscopie, fut ensuite améliorée par Edwards Richard Henry, chef de la police londonienne et se généralisa dès 1897 supplantant l’anthropométrie. Bertillon introduisit également en 1903 une nouvelle méthode pour relever les empreintes sur des surfaces lisses.

Aujourd’hui la biométrie, initialement vouée à l’identification policière, est devenue une technologie très largement ouverte aux applications civiles.


Etat du marché de la biométrie

A l’échelle mondiale

Selon le cabinet américain Frost & Sullivan, se basant sur les sources l’International Biometric Group, les revenus globaux de la biométrie ont une croissance estimée de 2.1 milliards de dollars en 2006 à 5.7 milliards en 2010.

Ce marché jadis dominé par les besoins gouvernementaux est désormais supplanté de peu par les besoins des secteurs civils. Toujours selon cette même source, en termes de typologie biométrique, l'empreinte digitale représente 43.6% du marché en 2006 et y occupe une place dominante. Elle est suivie par l'identification de visage dont la part s’élève à 19%. Les projections relatives à l'identification par l’iris prévoient un chiffre d’affaires potentiel mondial de 250 millions de dollars d'ici 2008. L'Asie et l’Amérique sont les zones géographiques porteuses qui représenteraient les plus grands marchés en termes de produits biométriques et services associés. On constate l’émergence des systèmes multi-modaux qui, d’ici 2010, devraient représenter approximativement 5% du marché de la biométrie.

La demande gouvernementale

Les applications potentielles

Les états demeurent toujours les moteurs du développement d'une industrie de la biométrie sur des applications telles que l’établissement de fichiers judiciaires, la délivrance de titres d'identité (carte nationale d'identité, passeport, permis de conduire, titre de séjour), les services sociaux (sécurisation des règlements), les services municipaux (sécurisation des accès aux écoles, contrôle de l'utilisation des services périscolaires), les systèmes de vote électronique.

Programmes de recherche collaborative

Au niveau de la Commission Européenne, la Direction générale JLS (Justice, Liberté et Sécurité) a insufflé de grands programmes de recherche. aujourd'huiCeux-ci portent essentiellement sur une gestion plus efficace des frontières de l'Union avec des projets comme BMS (Biometric Matching System), BIODEV (Biometric Data Experimented In Visas) par exemple ou encore l'annonce pour 2008 de passeports biométriques à empreintes digitales, censés identifier 70 millions de ressortissants. Il est à noter que l'Europe entend traiter de la même façon ses citoyens et ses visiteurs, contrairement aux Etats-Unis qui ne contrôle que les visiteurs.

En France, sous l’impulsion du Ministère de l'Intérieur, accompagné par le Ministère des Affaires Etrangères, des projets pilotes significatifs ont été lancés : c'est le cas du programme PEGASE (Programme d'expérimentation et de gestion automatisée et sécurisée) ou encore du programme BIODEV. Il est important de souligner que ces deux programmes ont permis à la France d'acquérir en moins de trois ans une notoriété internationale en matière de grands programmes biométriques.
Le GET, Groupe des Ecoles de Télécommunication a constitué une équipe de recherche en biométrie d’une vingtaine de personnes, dirigée par Bernadette Dorizzi, travaillant sur le projet "Bio Identité". Sa particularité est de travailler à la fois sur les différentes techniques de la biométrie (modalités de la biométrie : voix, visage, forme de la main, empreintes digitales, algorithmes biométriques, problèmes d'évaluation, et multi- modalité) et sur les aspects sociologiques et juridiques. Forte de cette expérience en biométrie Bernadette Dorizzi est également responsable du projet BioSecure.

BioSecure, réseau européen de biométrie
Témoignage de Bernadette
Dorizzi, Coordinatrice technique de Biosecure et Responsable de l'équipe de recherche "interactions pour le multimédia" de l'Institut National des Télécommunications
Biosecure, la biométrie à l’échelle européenne

Biosecure est un réseau d’excellence issu du 6ème PCRD qui regroupe 30 partenaires essentiellement académiques. Une de ses ambitions est de favoriser les échanges entre industriels, comme Motorola, Sagem, Philips, Softpro, Agnitio, Atmel, A4vision, Viisage, académiques comme le GET, l'Universitté du Kent, l'Universitté de Magdeburg, CWI et utilisateurs comme le groupement des cartes bancaires ou les Aéroports de Paris, le Forum Biométrique Européen (EBF), Telecom Italia sur le thème de la biométrie.


Ces acteurs travaillent ensemble au sein d'un comité d'industriels et d'utilisateurs et se réunissent tous les trois mois pour des présentations techniques conjointes et surtout pour des débats autour de la biométrie. "L'idée étant de s'influencer mutuellement afin que la recherche menée par les universitaires reste au plus près des besoins des utilisateurs ou des industriels et inversement, que les industriels et les utilisateurs puissent donner leur avis sur le programme de travail des réseaux académiques, et aussi relayer les résultats de BioSecure vers les industriels et les utilisateurs", indique Bernadette Dorizzi.

Un gros travail sur la multi modalité

Les équipes de recherches du réseau BioSecure travaillent à la production d’évaluations biométriques multimodales de l'identité. L’un de ses principaux objectifs est de préparer des évaluations internationales de grande taille pour 2007, en particulier dans le cadre de la multi-modalité, un peu à la manière du National Institute of Standards and Technology (NIST) aux États-Unis qui propose des évaluations régulières sur la vérification identitaire par le visage ou par l'iris.

L'intérêt de BioSecure est aussi d'améliorer le niveau de la recherche, notamment en matière de multi-modalité (faire fonctionner ensemble plusieurs modalités pour augmenter l'efficacité de l'identification). Si les spécialistes s’entendent sur le fait qu’une seule modalité comme le visage seul ne donne pas de résultats acceptables, l'usage de deux modalités (ou plus) permet de réduire les taux d'impossibilité d'acquisition. La multimodalité offre également l’avantage de rendre plus difficile la falsification. Néanmoins, elle pose quelques problèmes. Dans une mise en œuvre à grande échelle, elle est plus coûteuse puisqu’elle nécessite plusieurs capteurs et implique des conditions d'acquisition plus contraignantes.

Evolutions de la biométrie au-delà de la mult-modalité


Il est possible que la multi modalité ne soit pas la solution universelle. En revanche, il apparaît très clairement que, même si on n'utilise pas forcément plusieurs modalités, on cherchera à utiliser différentes sources d'informations au sein d'une même modalité. "Aujourd'hui, on n'envisagerait plus de système d'empreintes avec un seul doigt. Partout, on s'est tourné vers l'utilisation de plusieurs doigts, de 2 à 10. C'est le recours à des informations redondantes ou complémentaires qui rendra plus fiable la biométrie. Ainsi, on trouve pour le visage, de nombreux travaux sur l'intérêt ou pas d'utiliser une prise de vue de type 3D, en complément ou en remplacement de celle en 2D. De nouveaux capteurs d'image et d'empreintes digitales apparaissent. Ces évolutions risquent, dans un avenir proche, d’accroître les performances et, en conséquence, de modifier le paysage biométrique en général", conclut Bernadette Dorizzi.

En savoir plus : http://www.www.biosecure.info

Une offre adaptée à la demande des états

Avec un chiffre d’affaires de plus d’1,2 milliard d’euros et 9300 collaborateurs, Steria, dont le siège social est basé à Issy-les-Moulineaux, est l’un des 10 premiers groupes de services informatiques en Europe. Steria est leader européen dans l’intégration de solutions en biométrie (échanges sécurisés d’empreintes digitales, reconnaissance faciale, contrôle d’accès dans les aéroports, etc.). Elle est tout particulièrement spécialisée sur la mise en place de systèmes biométriques à grande échelle en réponse à la demande gouvernementale.

Steria, intégrateur de solutions biométriques au service de la sécurité des états
témoignage de Jean-Réginald
Vanden Eynde, Program Director
Dès 1992, Steria développe pour la police norvégienne le produit Steria FIT (Fingerprint Image Transmission) qui consiste en une transmission électronique des données biométriques, adaptée au climat difficile et aux distances. Depuis, ses solutions ont été retenues par la Commission européenne dans le cadre du projet EURODAC. "A cette occasion Steria, en partenariat avec Bull et Cogent Systems, a mis au point à Bruxelles le système central d'identification des empreintes digitales, ainsi que le système de transmission électronique des empreintes digitales pour le traitement des demandes d’asile, dans 24 pays européens. Fin 2004, environ deux millions de candidatures à l’immigration et de demandes d’asile avaient été traitées par ce système", indique Jean-Réginald Vanden Eynde, directeur de programmes chez Steria.

La carte d’identité des marins, succès en matière d’interopérabilité

Afin de répondre aux demandes des professionnels de la mer souhaitant améliorer la sécurité de leur personnel face à la montée du terrorisme international, l’Organisation Internationale du Travail et l’Organisation Maritime Internationale ont rédigé une Convention sur les pièces d'identité des marins, entrée en vigueur le 9 février 2005 et contrôlée au moyen d’un système biométrique. Selon cette Convention, seul un système biométrique peut répondre à des exigences de sécurité strictes sur les bateaux et dans les ports, tout en simplifiant les déplacements des marins d’un pays à un autre. L’introduction de ces nouvelles cartes d’identité incombe aux autorités maritimes de chaque pays. A terme, près d’un million de marins dans le monde porteront un exemplaire de cette carte d’identité biométrique. "Pour ce projet, nous avons reçu l’agrément de l’OIT. Le principal défi auquel nous avons dû faire face, en tant qu’intégrateur, a été de créer un système d’identification sécurisé et totalement inter opérable, capable de lire les informations portées sur une carte fabriquée par Sagem et Hyundai Information Technologies. Techniquement, les empreintes digitales du porteur sont scannées et apparaissent sous forme de code-barres 2D au dos de la carte d’identité. Lors d’une vérification d’identité, le porteur de la carte place son doigt sur un scanner, lequel vérifie dans la base de données si l’empreinte est identique à celle de la carte ", précise Steria.

Pas de mult-modalité en perspective

De par les volumes de personnes à contrôler, Steria opte pour une biométrie fondée sur les empreintes digitales. Les grandes bases de données aux Etats-Unis comme celle du FBI, comptent 40 millions de sujets. Le projet US-Visit qui régule les entrées et sorties des non-résidents est également basé sur les empreintes digitales. L’identité de chacun d’entre eux est déterminée au moyen de la détection de l’empreinte digitale du majeur de chaque doigt puis d’une photo d’identité. "Ce système a une capacité de contrôle de 1 à 2 millions de doigts à la seconde. Pour de tels volumes, rien n’égale l’empreinte digitale. Du reste, l’état actuel de l’algorithmique sur les autres technologies telles que l’iris ou la voix ne permet pas encore de comparer 70 millions de sujets, ce qui correspond à l’enjeu technologique du projet Biometric Matching System, le système européen prévu à l’horizon 2008 qui enregistrera les visiteurs des pays tiers" conclut Jean-Réginald Vanden Eynde.

Pour en savoir plus : http://www.steria.com/

Depuis 2005, les différentes polices dans le monde mettent en place des projets pilotes de reconnaissance des visages. Cette tendance, dans un contexte international où les passeports posséderont de plus en plus souvent des visages numérisés, devrait soutenir le développement de la reconnaissance faciale, qui fait l’objet des recherches menées chez Thales Research and Technology.

Thales Research and Technology s’intéresse plus particulièrement aux visages, comme en témoigne Joseph Colineau

Thales Research and Technology effectue des travaux sur l'identification des personnes par les caractéristiques biométriques. Ses recherches viennent en complément des technologies développées par Thales Security Systems, notamment en empreintes digitales. Les grands systèmes de gestion d'identité sont souvent basés sur l'empreinte digitale (AFIS : Automatic Fingerprint Identification System), à laquelle on associe souvent l'enregistrement du visage. "La reconnaissance faciale est une modalité très attractive, malgré ses performances encore trop limitées, car c'est l'une des seules signatures biométriques que le cerveau humain peut reconnaître naturellement. Les travaux menés sur le visage portent sur le développement de la biométrie 3D (forme du visage) qui, associée à la biométrie 2D, (apparence), améliore les performances en identification, tout en réduisant les possibilités de fraude", indique Joseph Colineau. D'autres modalités peuvent être associées assez naturellement au visage, dans la mesure où les techniques d'acquisition sont comparables : l’iris, la texture de la peau, la signature infra-rouge du visage.

Quels moyens d'acquisition ?

- visage 2D : Les capteurs sont des caméras vidéo classiques. La qualité d'image délivrée à l'algorithme de reconnaissance est plus ou moins satisfaisante, selon que l'acquisition est "coopérative" (cas d'un contrôle d'accès par exemple) , ou faite à l'insu des personnes (détection de personnes recherchées via une installation de vidéo-surveillance)
- visage 3D : Les scanners 3D utilisés en métrologie et en CAO (basés par exemple sur un balayage laser) sont mal adaptés à la biométrie, où l'on recherche des temps d'acquisition de quelques dizaines ou centaines de millisecondes. La technique la plus fréquemment utilisée est celle de la projection de franges : une lumière structurée, projetée sur la surface à analyser, et observée selon un angle différent, donne accès à l'information de relief.

La multi-modalité dans le cadre de programmes de recherche collaboratifs

Dans le cadre de ses travaux sur la multi-modalité, TRT est impliquée dans deux programmes de recherche partenariale, BioSecure et IV2.

- IV2 est un programme Technovision, soutenu conjointement par les ministères de la Recherche et de la Défense. Ce programme est le résultat d’un partenariat entre les laboratoires de Biométrie de l’INT, et de l’ENST, IMEDIA de INRIA, l’Institut EURECOM, Let It Wave, le laboratoire LIRIS de Ecole Centrale de Lyon, le LSC de Université d’Evry, TRT et URATEK. L'objectif de ce programme est de créer des ressources et les conditions d’une évaluation à l’échelle nationale et internationale de différents systèmes liés à l’information du visage, de l’iris et de la voix, dans des milieux semi-contraints. La base de données biométriques à constituer permettra d’évaluer les performances de systèmes d’identification par l’iris, par le visage 2D et 3D et par l’analyse de visages parlants, de systèmes de détection de la position des yeux dans les images 2D et de systèmes de reconstruction 3D du visage. "Aujourd’hui, la cabine est en phase de tests et de réglages au sein du laboratoire LSC. Les premières acquisitions officielles commenceront début 2007 avec le personnel du laboratoire et les étudiants de l’UFR Sciences et Technologies de l’université d’Evry", confirme Joseph Colineau.

- Forte implication dans BioSecure
L'objectif de TRT est de collaborer à l’amélioration des performances, à la construction des bases de données, à la recherche sur les méthodes d’évaluation. "Ces travaux devraient nous permettre de mettre au point une plate-forme logicielle qui sera disponible pour tester les algorithmes. Cet outil contribuera à la recherche en biométrie multimodale,, en particulier sur la reconnaissance des visages en 2D et, 3D, pour laquelle TRT apporte sa contribution", conclut Joseph Colineau.

Besoins biométriques : de la demande gouvernementale aux applications civiles

D’après le site biometre-online.net, les perspectives de développement de la biométrie sont liées au cadre législatif du respect des personnes tel que défini par la CNIL et consultable en ligne.
Ces segments applicatifs se trouvent dans quatre familles : le contrôle d'accès aux locaux (salle informatique, site sensible), les systèmes d'informations (lancement du système d'exploitation, accès au réseau, commerce électronique, transaction financière pour les banques, données inter entreprises, signature de document, logiciels utilisant un mot de passe), les équipements de communication (terminaux d'accès à Internet, téléphones portables) et les machines et équipements divers (coffre fort avec serrure électronique, distributeur automatique de billets, casier sensible (club de tir, police), cantine d'entreprise (pour éviter l'utilisation d'un badge par une personne extérieure), casier de piscine (plus d'objet à porter sur soi), contrôle des adhérents dans un club, carte de fidélité, contrôle des temps de présence, voiture (antidémarrage).

Sagem Défense Sécurité, qui a affiché un chiffre d'affaires d'1 161 568 millions d'euros en 2004, est le leader historique de la biométrie, à la fois présent sur des programmes de sécurisation des états telle que la carte d’identité des marins, tant que sur les besoins du marché civil. Ce postionnement stratégique a fait l’objet d’une présentation de Bernard Didier, de Sagem Défense et Sécurité, lors d’une conférence donnée le 21 novembre dernier à l’ENSEA de Cergy qui portait sur le thème "biométrie et identifications : nouvelles méthodes, nouvelles applications".

Sagem Défense et Sécurité, témoignage de Bernard Didier, Directeur scientifique du développement des affaires de la division sécurité de Sagem Défense et Sécurité

Depuis les années 1950/1960 Sagem est un spécialiste reconnu de la cryptographie, qu’elle a appliquée dès lors à la sécurisation de ses terminaux de télécommunications et de transactions. Dans les années 1980 et 1990, elle a fait son entrée dans les deux domaines complémentaires que sont la technologie des cartes à puce (incluant les masques), puis la biométrie. Sagem Défense Sécurité est leader mondial de la technologie des empreintes digitales, devenue depuis "multibiométrie", désormais étendue à des domaines tels que la reconnaissance de l’image faciale, de l’iris, etc.

La biométrie au-delà des empreintes digitales

Sur les grandes bases de données depuis 2002, les équipes de Sagem ont divisé par deux le taux d'erreur lié à la reconnaissance du visage. Les programmes d'évaluation comparative conduits aux États-Unis ou encore les programmes européens "3D Face", dont Sagem assure la coordination, ont clairement pour objectif de mettre le visage à un niveau de performance comparable à celui des empreintes digitales. "Le niveau de performance que nous avons atteint permet d'identifier des visages "à la volée" ou encore d'identifier des personnes recherchées dans des contextes opérationnels particuliers. C’est le cas de la gestion des accès biométrique aux frontières de l'Australie pour lequel il nous faut en moyenne 6 secondes, ce temps incluant la lecture du passeport biométrique, la reconnaissance du visage et l'ouverture de la porte, pour un taux de reconnaissance biométrique constaté de 96 à 98%", indique Bernard Didier.

En ce qui concerne la reconnaissance de l'iris, entre 2003 et 2005, les progrès ont été encore plus remarquables. Le taux d'erreur a été ramené à 1 % à l'enregistrement, les faux rejets ont été divisés par deux et parfois quatre, pour être ramenés entre 1 et 2 % et le temps de vérification a été réduit de 12 à 4 secondes. La technologie actuelle permet de reconnaître aussi des iris "à la volée", à plusieurs mètres de distance, et résout le problème ergonomique auquel était confrontée cette technologie. "En Grande-Bretagne, l’analyse automatique de l'iris est en place au contrôle des frontières des cinq plus grands aéroports. Dans cette approche, le voyageur passe sans présenter de titre de transport". Après quelques programmes significativement opérationnels, le dernier défi de l’identification par l’iris pour les années à venir sera celui de la réduction du prix des capteurs.

En plus des installations en Australie et en Angleterre, Sagem a également mis en place en France un système de contrôle aux frontières par reconnaissance des empreintes digitales. "De ces trois programmes, nous tirons un enseignement commun intéressant. La maturité des technologies biométriques est confirmée. En revanche, les difficultés rencontrées se situent davantage dans l'adaptation de ces technologies à l'environnement, c'est-à-dire plus précisément dans l'ergonomie (adaptation de l'organisation existante, prise en considération des aspects juridiques, information et l'éducation des utilisateurs sur le plan technique etc)... A notre surprise, l'effort n'est pas à faire sur la biométrie mais sur l'état de l'art de la détection qu'une personne est seule quand elle passe une frontière. Sur tous ces sujets, le fait que nous soyons nos propres développeurs de technologies biométriques a particulièrement servi pour faire progresser les solutions ; En résumé, on "ne plaque pas" la biométrie sur une organisation existante, on l'intègre", résume Bernard Didier.

Et la multi-modalité ?

Sur un plan plus général, les opérations mettant en jeu plusieurs biométries sont encore rares. "Le seul exemple significatif est celui du système électoral du Mexique, que nous mettons en place, et qui gérera à terme les empreintes digitales et les visages de 72 millions de personnes, ce qui en fait le plus grand système biométrique multimodal civil au monde ", conclue Bernard Didier.

En savoir plus : http://www.www.sagem.com

Un marché pour les PME

En marge des grands groupes, des PME telles que Zalix Biométrie sont spécialisées sur le secteur de la sécurisation des systèmes d’information à l’aide de solutions 100% biométriques.

Zalix Biométrie ® , témoignage d'Alain Choukroun, Président-Directeur Général

Analyseur biométrique d'empreintes digitales ZX 50 de Zalix © Zalix

Zalix Biométrie® est née en 1999 d’une initiative d’Alain Choukroun, son fondateur et Président-Directeur Général. Basée à Fresnes, la petite société d’une quinzaine de personnes génère un chiffre d’affaires annuel de 2 M €. Elle est la première société en Europe à traiter les problèmes de sécurité de l’entreprise et de protection de l’informatique uniquement à l’aide de technologies biométriques. "Zalix occupe une position référente sur le marché de la biométrie toute technologie (empreintes digitales, reconnaissance vocale, etc.) car nous sommes la seule entreprise française proposant une gamme aussi large dans le domaine de l'identification biométrique. Cette diversité des savoir-faire explique la grande variété du portefeuille de clients finaux qui utilisent nos solutions tels que : Coca-Cola, Aéroport de San Francisco, Ericsson, Estée Lauder, TWA, American Express, Mobil, ou encore l'US Air Force", indique Alain Choukroun.

Des solutions adaptables aux systèmes existants

L’originalité de la PME repose sur sa capacité à proposer des produits fondés sur l’analyse biométrique comprenant des équipements de contrôle, logiciels associés et interfaces pour se connecter aux équipements existants.

Zalix Biométrie® apporte un nouveau degré de protection et se positionne comme un véritable partenaire de l'intégration de la biométrie et de la vidéo surveillance. La société a d’ailleurs noué un partenariat avec Axis Communications. Il s’agit de connecter une caméra IP AXIS aux lecteurs biométriques Zalix. Dès qu’une alarme est signalée, les images sont immédiatement transférées sur le serveur informatique et associées à la transaction d'alarme gérée par le logiciel BiomAccess (logiciel de contrôle d’accès permettant le pilotage des lecteurs biométriques). "Vidéo et biométrie ensemble sont très utiles dans le cas d’une identification biométrique déclenchée par un utilisateur contraint d’ouvrir une porte sous la menace d'une arme. Dans un tel cas de figure, le couplage technologique entre la caméra AXIS et BiomAccess permettra au surveillant de visualiser la situation, et d’intervenir immédiatement", précise Alain Choukroun.

Perspectives

Sur l’effectif total de 16 personnes que comprend la PME, 3 d’entre elles se consacrent exclusivement à la R&D. "Il est très important pour nous de maintenir un niveau d’innovation constant. A moyen terme, nous travaillons à la mise au point de techniques de reconnaissance faciale 3D, pour développer des produits toujours à destination de nos clients que sont des SSII et installateurs", conclut Alain Choukroun.

En savoir plus : http://www.zalix.fr

Toujours en direction des marchés grand public, mais en marge des applications sécuritaires, le CEA LIST mène des recherches liées à l’indexation automatique des photos sur Internet.

Reconnaissance des visages au sein du LIC2M, laboratoire du CEA LIST, témoignage de Pierre-Allain Moëllic

Le Laboratoire de l’Ingénierie de la Connaissance Multimédia et Multilingue (LIC2M) du CEA LIST compte une quinzaine de chercheurs.

Il est divisé en deux composantes ; d’un côté huit personnes pour l’équipe d’ingénierie linguistique et 7 autres (5 permanents et deux thésards) pour l’activité multimédia, placés sous la responsabilité d’Olivier Mesnard. Outre une contribution au projet européen ISCAPS, les recherches en biométrie sont principalement orientées grand public et visent en particulier le développement d’outils d’indexation automatique de photos en direction du multimédia, notamment Internet. Il s’agit de mener un travail en deux temps basé sur la détection et la reconnaissance des visages.

Exemple d'extraction de connaissance pratiqué au LIST © CEA


Détection et reconnaissance, pas le même degré de difficultés

"En ce qui concerne la détection, nous avons recours à des technologies de boosting, qui ont émergé au début des années 2000. La méthode permet de détecter plusieurs visages de face ou de profil dans une image même complexe. Comme elle fonctionne par apprentissage, elle peut gagner en robustesse et éviter trop de fausses détection. On peut atteindre des résultats fiables à plus de 90% de bonne détection", indique Pierre-Alain Moëllic, chercheur au LIC2M. Si la détection est relativement bien maîtrisée, il en est autrement de la reconnaissance des visages, véritable enjeu des recherches. La réalité des techniques de reconnaissance suscite un certain scepticisme. D’emblée, la reconnaissance n’est efficace que si la capture d’images au départ est d’excellente qualité et basée sur des propriétés fines. "D’autre part, cette technologie biométrique ne se suffit pas à elle-même et sous tend la multi-modalité, donc un couplage avec l’empreinte digitale ou bien encore l’iris pour être valable", précise Pierre-Alain Moëllic.

Ces difficultés assimilées, les recherches du LIC2M ont atteint une maturité suffisante pour être industrialisables. C’est ainsi que la cellule CEA-Valorisation a incubé la start-Up NewPhenix.

New Phenix, ou la valorisation des recherches en biométrie

Créée fin 2003 par plusieurs partenaires, dont CEA-Valorisation, NewPhenix a pour but d'industrialiser et de commercialiser les résultats des travaux de recherche du LIC2M. Elle exploite un portefeuille de licences du CEA dans le domaine de l'ingénierie des connaissances et a, entre autres, développé la partie logicielle des produits de gestion de l'information multimédia multilingue destinée aux entreprises. Les secteurs qu’elle démarche sont en priorité l'intelligence économique, la gestion de la relation client, l'e-business, la gestion de projet, la recherche et développement, les portails d'entreprise, la gestion de contenus, la bureautique et la sécurité. Un partenariat a été conclu avec le CEA autour d'un programme commun de R&D pluriannuel. D’autre part, la start-up contribue au projet FAME2, qui traite du calcul intensif et du traitement de l'information, rattaché au groupe thématique Outils de Conception et Développement de Systèmes du Pôle de compétitivité SYSTEM@TIC PARIS-REGION. "Les clients potentiels des produits NewPhenix sont les entreprises disposant de fonds photographiques imposants, ou tout utilisateur amené à traiter de très gros flux de photos. Aujourd’hui, tous perdent un temps fou à les indexer une par une manuellement et sont demandeurs de solutions d’indexation automatique telles que celles proposées par NewPhenix. L’énorme quantité de photos disponibles sur Internet laisse présager des opportunités de marché considérables", conclut Pierre-Alain Moëllic.

En savoir plus : http://www.new-phenix.com

Evolutions technologiques des systèmes biométriques, le point de vue d’une start-up

New Imaging Technology est une start-up hébergée au sein de l’incubateur de l’INT d’Evry. Elle compte trois personnes et, jusqu’à présent, a été suivie par Incuballiance dans le cadre du développement de son business plan. La petite équipe travaille à la création d’un capteur intelligent, mobile et compact qui inclue la capture d’image et son traitement, nommé Finger Shadow. Elle apporte une réelle valeur ajoutée par rapport aux solutions concurrentes dans le domaine de la reconnaissance d’empreinte pour des applications de biométrie. En effet, le capteur optique mis au point par l’équipe (par comparaison avec les capteurs capacitifs et thermiques) permet de s'affranchir des problèmes de décharges électrostatiques liés au contact physique du doigt sur le capteur. L'absence de lentille dans la conception du nouveau capteur et sa simplicité de montage contribuent également à diminuer les prix de manière significative.
La technologie proposée peut être intégrée dans un grand nombre de produits de grande consommation (PDA, téléphones, memory card...). Elle est adaptable à toutes les biométries existantes (empreinte digitale, iris, reconnaissance faciale) car elle intervient au niveau de la capture d’images. Cette solution innovante est, a priori, moins chère et plus performante que toutes celles actuellement présentes sur le marché. "Nous sommes parvenus à inclure une partie du traitement d’images au sein du capteur. Cela tend à minimiser le rôle du processeur, voire à l’annuler, donc à réduire considérablement le coût du système global", indique Yang Ni, dirigeant de New Imaging Technology.
L’autre aspect intéressant du système est sa capacité à accroître la sécurité des terminaux mobiles.
"Comme le capteur intelligent garantit le traitement d’images au niveau du hardware, il permet d’éviter les virus". Les domaines d’applications de la start-up touchent les segments de l’industrie, des organes gouvernementaux et institutionnels, du secteur tertiaire et des particuliers. Avant la fin de l’année, New Imaging Technology devrait se constituer sous forme de société. Elle sera en mesure de commercialiser Finger Shadow dans le courant du premier trimestre 2007. "Nous espérons que sa simplicité de fonctionnement et son faible coût nous permettront de connaître une croissance rapide. Nous attendons de notre produit qu’il puisse favoriser l’accélération du déploiement des technologies biométriques auprès de nouveaux secteurs tels que l’éducation, la santé, la finance, l’agro-alimentaire, le transport de personnes ou bien dans la sécurisation des biens et des personnes", conclue Yang Ni.

La biométrie en France

Selon le pôle traçabilité, les modalités biométriques présentes en France laissent entrevoir qu'à l'image de la tendance mondiale, l'empreinte digitale domine largement.

Répartition du marché de la biométrie par type de modalité en France © Source pôle traçabilité

Cependant, en termes de développement technologique, le capteur intelligent Finger Shadow prouve que la réduction des coûts des systèmes existants est un angle d’attaque du marché.
L’innovation est également possible sous les aspects d’un élargissement de gammes de produits existants incluant la biométrie, comme c’est le cas de la clé USB biométrique développée par Transcend Information, fabricant taiwanais de modules mémoire.
De plus, l’amélioration constante des modalités prometteuses telles que l’iris, ou bien les visages, la multi- modalité peut aussi présenter des applications de marchés dans les 5 ans à venir.

Au-delà de la multi-modalité, le couplage multi-technologique s’inscrirait comme une réponse potentielle à la demande en matière de sécurisation des sites sensibles, telles que les banques, par exemple.




En effet, pour garantir l’unicité de passage, qui constitue le véritable enjeu sécuritaire, la biométrie peut être couplée à de la vidéosurveillance temps réel, des capteurs d’empreintes de pas sur le sol, ou bien encore un rideau phonique. Ces technologies fonctionnant ensemble et garantissant l’obtention d’un système hautement sécurisé et adapté au besoin sont actuellement à l’étude. Ils constituent des perspectives de développement non négligeables pour les acteurs positionnés sur ces marchés, notamment ceux agissant sur le secteur de la biométrie.

Cette idée d'une sécurisation multitechnologique est corroborée par le site biometrie-online.net qui indique que "la biométrie s’inscrit dans le marché plus global de la sécurité qui connaît en France une forte croissance (+15%) depuis 1997 (surveillance, sécurité, contrôle d’accès, alarmes...)".

Selon l'Atlas de la sécurité 2003, le Marché annuel de la sécurité en 2001 en France représenterait plus de 5 900 M€ avec la répartition suivante :

* Sécurité humaine : 31% (> 1 840 M€)

* Sécurité électro nique : 35% (> 2 080 M€)

o 500 M€ pour la vidéosurveillance

o 600 M€ pour le contrôle d'accès

o 900 M€ pour l'anti-intrusion


Les acteurs franciliens de la biométrie

Parmi les acteurs de la biométrie en Ile-de-France, on peut citer :

A7 protection, ABC Le Concept Sécurité, Abiova, Alien projets, Allo Paris 15 Sécurité, Axess Technologies, Biométrie Capital Contrôle, Biosys Technology, BMSI, CDVI / Bergdata, Dodata, Eden, Global Systems, IG Tech, Ingenico, Intervox Systèmes, ISTEC europe, Kaba, MPI Media Partners International, Nedap, RFIL, Sagem, Steria, Synel, Sytel, Thales Security Systems / Thales Identification, Vigivision, Visiom, Vol protect, Zalix.

© Lumière, Opticsvalley, octobre - novembre 2006
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