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Le LRI, ou l’informatique dans tous ses états
Le LRI est un laboratoire associé CNRS / Université Paris-Sud 11 qui existe depuis une trentaine d’années. Il s’agissait à l’origine d’une unité associée au CNRS qui s’occupait plus particulièrement de mathématiques, dirigée par Jean Vuillemin puis Gérard Guiho.

La création de la première maîtrise MIAGE (Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises) de France à l’Université Paris-Sud 11 en 1970 a permis le développement initial du LRI. Michel Beaudouin-Lafon, son actuel directeur, est membre du LRI depuis 1982. A l’Université Paris-Sud, la recherche en informatique regroupée autour du LIMSI et du LRI représente aujourd’hui 10% des effectifs de l’ensemble des chercheurs de la faculté d’Orsay "un chiffre assez élevé pour un campus historiquement dominé par la physique et la biologie", indique le directeur. L’une des particularités du LRI est d’avoir essaimé vers les autres laboratoires spécialisés en informatique que sont par exemple le LSV à Cachan, PRISM à Versailles ou l’ex LAMI à Evry. "A un moment ou un autre de leur histoire ces laboratoires ont eu un directeur issu du LRI", précise Michel Beaudouin-Lafon. Le budget annuel du laboratoire (hors salaire des personnels permanents) est de 2 M€, dont 80% proviennent de ressources externes, pour un effectif passé de 40 personnes en 1982 à plus de 200 actuellement.

Essaimer pour mieux régner

A partir de 2000, l’arrivée de l’INRIA sur le Plateau de Saclay donne naissance au Pôle Commun de Recherche en Informatique, créé en janvier 2002 par le CNRS, l'Ecole Polytechnique, l'INRIA et l'Université Paris-Sud 11. En 2006, la convergence entre le PCRI et le projet Num@tec (une collaboration entre le CEA et le CNRS) aboutit à la naissance de Digiteo Labs, un parc de recherche en Sciences et Technologie de l’Information qui regroupe 1200 chercheurs sur le plateau de Saclay, devenu RTRA en octobre 2006.

Le PCRI en bref


Le PCRI regroupe trois laboratoires :

    * Le LRI, Laboratoire de Recherche en Informatique, unité mixte de l'Université Paris-Sud 11 et du CNRS

    * Le LIX, Laboratoire d'Informatique de l'Ecole Polytechnique, unité mixte de l'Ecole Polytechnique et du CNRS

    * La nouvelle unité de Recherche de l'INRIA Futurs localisée sur le Plateau de Saclay

Il a vocation à mettre en commun les forces de ces trois laboratoires dans leurs domaines d'excellence et à exploiter les synergies dues à l'environnement scientifique exceptionnel du Plateau de Saclay. Le PCRI fonctionne par projets communs. En règle générale, un projet commun implique au moins deux de ces unités, mais il peut aussi n'impliquer qu'une unité du PCRI et des chercheurs ou équipes d'autres établissements ou laboratoires.

Les axes scientifiques du PCRI ont été définis en fonction des sujets sur lesquels il existe des compétences fortes et complémentaires des laboratoires partenaires, c'est-à-dire :


    * Qualité et efficacité des logiciels

    * Fouille et intégration de données hétérogènes et éparpillées

    * Interaction facilitée avec les systèmes informatiques

    * Calcul global, sécurité

En l’espace de 4 ans (2002-2006), le PCRI a engendré la création 8 projets de recherche communs entre le LRI et l’INRIA. "Aujourd’hui, la moitié des chercheurs du LRI travaille dans ces équipes. Ils sont plutôt jeunes et très motivés par le devenir des STIC en France et veulent faire du PCRI un succès".

L’efficacité des recherches et les formations menées au sein du PRCI devraientt être amplifiées par un rapprochement géographique au sein d’un même bâtiment qui sera localisé sur le site d’Orsay en face de l’Institut de Biologie des Plantes. Les plans du futur bâtiment ont été présentés en juin dernier. Il sera voisin de l’un des trois futurs bâtiments qui accueilleront Digiteo.


Activités de recherche

Les recherches du LRI sont menées au sein de 10 équipes :

Chacune d’elles travaille sur des aspects fondamentaux et applicatifs à travers 3 grandes thématiques.

Thème 1 : aspects fondamentaux
Ce thème concerne l’étude de modèles de calcul, avec pour principale préoccupation la rapidité du calcul. Cela passe notamment par la résolution des problèmes dits NP-complets. Un problème est dit NP-complet lorsque le temps de calcul augmente de façon exponentielle avec la taille du problème. Il devient alors impossible de résoudre le problème en un temps raisonnable. "La résolution pratique de problèmes NP-complets peut utiliser des algorithmes d’approximation qui garantissent un résultat rapide mais pas optimal, donc améliorable. Elle peut aussi passer par du calcul quantique. Au LRI, nous possédons une équipe dont les méthodes de recherche s’appuient sur la théorie de Peter Shor qui avance que l’on peut exploiter les effets quantiques de la matière et calculer sur cette base. Notre équipe a, depuis lors, acquis une compétence reconnue mondialement dans ce domaine. Elle a contribué à la reconnaissance de l’approche quantique, qui peut également être exploitée pour le cryptage des communications", précise michel Beaudouin-Lafon.

Thème 2 : logiciel
Le travail fourni dans le cadre de ce thème de recherche repose sur les tests, la validation et la certification logicielle, afin de doter l’industrie du logiciel de garanties de fabrication, ce dont elle s’est passée jusqu’à ce jour, pour le meilleur ou pour le pire. "Dans un environnement très concurrentiel comme celui des logiciels, la garantie de fonctionnement constitue un atout indéniable pour l’intégration dans des systèmes critiques tels que les aéroports, les avions, les voitures". Concrètement, cette certification logicielle peut passer par une validation formelle ou par des tests statistiques. Elle fait l’objet de partenariats avec le Pôle SYSTEM@TIC PARIS-REGION dans les projets "Usine logicielle" et "Plate-forme de confiance", et d’autres collaborations avec l’INRIA sur le système COQ, un certificateur de logiciel "capable notamment de certifier les programmes Java cards utilisés par Trusted Logic".

Partie du cluster de calcul, sur lequel sont effectués des simulations de grilles de calcul

Un autre aspect des recherches du LRI concerne les grilles de calcul, avec pour objet de garantir le fonctionnement de calculs de grande envergure, y compris dans le cas où certaines machines sont indisponibles. C’est le type de moyens de calcul utilisé par Google par exemple, dont la grille compte 300 000 ordinateurs en batterie.

Le LRI est partenaire du projet national GRID 5000, qui vise à effectuer des calculs et des traitements de données à une échelle sans précédent tout en connectant et en partageant des ressources informatiques dispersées dans plusieurs zones géographiques distinctes. "Le contexte de GRID 5000 permet de simuler 1 000 000 de processeurs à l’aide d’une grille de seulement 5 000 d’entre eux. Le but de cette opération est par exemple de tester des algorithmes autostabilisants qui garantissent un retour à la normale en cas de panne d’un certain nombre de machines, une technique qu’IBM qualifie d’’autonomic computing’’.

Le LRI intervient également dans le projet européen de grille de calcul EGEE (Enabling Grids for E-sciencE), dont l’objectif est de gérér des volumes de données gigantesques, de l’ordre du pétaoctet, nécessités par exemple par la recherche sur le boson de Higgs ou la bioinformatique. 

Thème 3 : Intelligence artificielle
Ce thème porte sur l’intégration de données hétérogènes sur le web, afin d’obtenir par exemple une réponse unique à une demande de tarif d’avion à partir de l’interrogation de plusieurs bases de données structurées différemment. Cela passe par des ontologies qui consistent en une description des données et de leur sens. "Une autre approche est l’apprentissage par machine qui, à partir d’exemples positifs et négatifs de réponses à une question, permettent par exemple à la machine de chercher des CV dans une base de données".

D’autres recherches portent sur les Interfaces Hommes-Machine, qui sont testées auprès d’utilisateurs afin de vérifier de manière tangible la fonctionnalité réelle des systèmes. "Nous travaillons par exemple avec Mandriva, le plus grand distributeur Linux français, qui intègre désormais notre gestionnaire de fenêtre Metisse afin de rendre l’utilisation de Linux plus facile et plus efficace".


Perspectives

"Beaucoup de choses intéressantes se passent au Laboratoire à la jonction entre des équipes existantes, dans la transversalité entre les systèmes embarqués, les réseaux dynamiques et les masses de données. Nous attendons beaucoup de SYSTEM@TIC PARIS-REGION à travers les projets tels que "Plate-formes de confiance", "Num@tec automotive", ou "CARRIOCAS". Il y aura aussi fort à faire dans le cadre du RTRA Digiteo pour lequel nos compétences seront très sollicitées pour la vérification de la qualité des logiciels, l’invention de nouvelles interfaces et la convergence des réseaux", conclut Michel Beaudouin-Lafon.

Pour en savoir plus : contacter Michel Beaudouin-Lafon
Tél : 01 69 15 69 10 - mbl@lri.fr
LRI :
http://www.lri.fr/~mbl

© Lumière, Opticsvalley, août - septembre 2007