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Le département DMPH de l’ONERA à la pointe des instruments pour l’aérospatial
L’Office National d’Etudes et de Recherches Aéronautiques a vu le jour en 1946, sur une initiative du Général de Gaulle avec 6 missions clés : orienter et conduire les recherches dans le domaine aérospatial, valoriser ces recherches pour l'industrie nationale et européenne, réaliser et mettre en oeuvre les moyens d'expérimentation associés, fournir à l'industrie des prestations et des expertises de haut niveau, conduire des actions d'expertise au bénéfice de l'Etat, et, enfin, former des chercheurs et des ingénieurs.
L’ONERA compte à peu près 2000 personnes, réparties sur huit sites dont 900 à Châtillon, le siège social, 400 à Palaiseau et 400 basées à Toulouse et dans sa région. Il est actuellement présidé par Denis Maugars. Résolument tourné vers l’industrie, il n’est financé qu’à hauteur de 40% par l’Etat, les 60% restant provenant de contrats avec de grands donneurs d’ordre comme la DGA, le CNES, ou des industriels comme Airbus. Les compétences de l'ONERA sont organisées en 17 départements dont un laboratoire mixte ONERA/CNRS. Quatre branches scientifiques coordonnent ses métiers : Matériaux et structures, M écanique des fluides et énergétique, Physique, Traitement de l’information et systèmes. La branche Physique, qui rassemble 4 départements (le DMPH , le DOTA , le DEMR et le DESP) est placée sous la responsabilité d’Emmanuel Rosencher, son directeur scientifique (en photo ci-dessus).
Le DMPH, l’un des 17 départements de l’ONERA
Rattaché à la branche Physique, le Département de Mesures Physiques (DMPH) est dirigé par Pierre Touboul (photo ci-contre). Il compte environ une centaine de personnes réparties sur les deux sites de Châtillon et Palaiseau. Ses missions consistent à assurer le développement et l’exploitation de capteurs et de techniques de mesure innovantes pour la recherche expérimentale, la validation de codes ou de modèles physiques, la conception et réalisation d'instruments et d'équipements spécifiques embarqués pour le domaine aérospatial et la défense.
Quatre équipes au coeur des métiers des instruments aérospatiaux
1) L’équipe capteurs comprend une vingtaine de chercheurs qui travaillent sur deux activités intimement liées : les capteurs inertiels et thermodynamiques obtenus par micro technologie. - L’équipe "microcapteurs inertiels" couvre des recherches sur les micro et nanocapteurs inertiels, l’idée étant d'élaborer des gyromètres et accéléromètres de haute performance visant des applications de guidage d’aéronefs tels que des missiles ou avions. "Pour ce faire il s’agit de mener un travail en salles blanches sur les senseurs inertiels fondés sur une technologie "quartz" et mis au point grâce à nos logiciels multi-physiques de simulation numérique. Parallèlement, des recherches sont menées sur des capteurs à base de silicium en collaborations notamment avec l’IEF, l’ESIEE ou le LETI", commente Emmanuel Rosencher. - Pour la partie "capteurs thermodynamiques", les enjeux scientifiques sont tournés vers le développement de la microtechnologie la plus adaptée à résister aux hautes températures, telles que celles dégagées par la chaleur du moteur des aéronefs en vol.
2) L’équipe "instrumentation et équipement aérospatiaux"(IEA) réalise des accéléromètres présentant des précisions extrêmes, embarqués sur satellites afin de réaliser des mesures très précises pour de grandes missions spatiales, notamment d’observation de la Terre ou de physique fondamentale dans l’espace. "Dans ce domaine, nous avons une expertise internationale reconnue. Depuis l’année 2000, que ce soit "CHAMP", "GRACE", "GOCE" ou encore "MICROSCOPE", toutes ces missions des agences spatiales allemande, française, européenne ou américaine, ont fait ou font appel à des accéléromètres conçus, réalisés et qualifiés par l’ONERA", précise Pierre Touboul.
3) L’équipe "émission atmosphérique et givre" étudie l’impact de l’environnement atmosphérique –, hors aérodynamique évidemment – sur les aéronefs, notamment les aspects météorologiques, et vice versa, à savoir, l’impact du trafic aérien sur l’atmosphère. "Afin de comprendre et de prévenir les phénomènes liés à l’électricité atmosphérique et les foudroiements, avec l’aide de la Région Ile de France, nous avons développé PROFEO, instrument de mesure qui permet de cartographier les orages en Ile-de-France par interférométrie HF. Ces mêmes recherches liées aux conditions météorologiques portent aussi sur la compréhension et la réduction du givre se déposant sur les bords d’attaque des ailes d’avions, dépôt qui peut être très dangereux pour la sécurité du vol", précise Emmanuel Rosencher.
4) L’équipe "diagnostic optique et plasma" est divisée en trois groupe de recherche : diagnostic optique, développement de sources lasers, développement de plasmas incluant leurs applications - Diagnostic optique : dans ce contexte, les lasers sont utilisés pour l’étude des milieux dilués en écoulement (combustion, aérodynamique, atmosphère, plasmas). "Nous disposons d’un ensemble considérable de mesures appliquées à l’étude des milieux non denses, indispensables par exemple pour étudier la combustion et la caractériser au moyen de lasers. L’ONERA est un centre d’excellence mondialement reconnu du domaine. Nous avons diffusé ce savoir-faire auprès d’industriels notoires tels que SOPRA". - Sources laser et applications : afin de rester à l’avant-garde de ces techniques de mesures, l’ONERA a toujours développé ses propres outils, tels que des lasers accordables, nécessaires à ces manipulations très spécifiques. "Aujourd’hui, nous développons de nouvelles générations de lasers accordables. Ces technologies matures nous ont conduits au développement d’oscillateurs paramétriques optiques allant de 1,5 à 4,5 µm et bientôt jusqu’à 12 µm et au-delà". - Sources plasmas et applications : initiées dès les années 60, les recherches sur les plasmas étaient tombées en sommeil avant de ré-émerger vers 2002, grâce à un regain d’activité dans les domaines de la propulsion spatiale, de la furtivité et de la combustion ; aujourd’hui, les premiers résultats en laboratoire sont prometteurs et pourraient donner lieu dans l’avenir à de réel progrès.
Afin de mieux asseoir le transfert de ses technologies de ses recherches vers l’industrie, l’ONERA a mis en place une cellule de valorisation en interne, la direction du Développement Commercial et de la Valorisation (DCV).
La direction du Développement Commercial et de la Valorisation, au plus près de l'industrie
Florin Paun, responsable des nouveaux développements, se remémore les débuts épiques de la DCV. "La DCV a vu le jour en juin 2004 avec Philippe Richard, son directeur, revenu à l’ONERA après plusieurs années d'industrie au cours desquelles il avait valorisé lui-même une technologie anti orages, développée par ses soins et appartenant a l'ONERA, pour laquelle il a remporté le monopole mondial".
Les actions de transfert technologiques sont principalement menées à l’égard des PME, considérées par Florin Paun comme "le meilleur vecteur pour introduire une technologie sur un marché de niche". La DCV a mis au point une charte d’essaimage. Celle-ci prévoit, à la fois, l’étude de business plan, la gestion de la propriété intellectuelle, ainsi qu’un ensemble de mesures liées à la valorisation technologique proprement dite. "Cette dernière peut prendre plusieurs formes, l’idée étant de faciliter les SPIN OFF; il peut notamment être question d’un transfert technologique par concession d’une licence, moyennant des royalties", précise Florin Paun.
La partie nouveaux développements de la DCV a généré 1,3 M€ de CA en 2006. A ce jour, elle suit 16 programmes de transfert de licences à des stades d’avancement divers. On peut ainsi citer :
- Isitek est une start-up spécialisée dans la domotique qui travaille avec l’ONERA sur la mise au point de radars pour les détections de chute des personnes âgées à domicile. - Oktal-SE est née en 2001. Fait marquant, cette entreprise a reçu le prix "Science et Défense" en 2005 pour ses recherches menées en partenariat avec l’Onera, la société Oktal-SE et l’université Paul Sabatier de Toulouse dans le cadre du projet Fermat. Fermat qui combine de l’électromagnétisme et de l’informatique a donné naissance à un logiciel destiné à modéliser les ondes électromagnétiques et à prédire leurs interactions avec des scènes complexes. Il est adapté aux hautes fréquences, notamment radar, et aux terrains de plusieurs centaines de kilomètres. Il est depuis devenu un produit commercialisé par Oktal SE sous l’appellation SE-RAY-EM, qui enregistre de gros succès commerciaux. En effet, l’armée allemande et l’armée suédoise, la Corée du Sud, Singapour, la Chine, le Japon, l’utilisent, il intéresse aussi Taïwan et l’Inde. - Protip est un exemple de Spin off qui conçoit des prothèses médicales innovantes en titane poreux destinées au domaine ORL, qui, en partie, ont été développées à l’ONERA.
"D’une manière générale, la culture d’essaimage de l’ONERA est fondée sur une relation de suivi, qui se traduit à terme par une relation de partenariat, comme c’est le cas avec Phasics, Leosphère et Agilite, désormais matures. Notre objectif est de mieux faire connaître notre savoir-faire pour attirer les porteurs de projets tant les PME que les start-up, désireux de valoriser les technologies développées à l’ONERA qui ne demandent que d’émerger vers l’industrie", conclut Florin Paun.
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